Étape 1 : ST AMAND (18) / BELLEGARDE ( 45)
172 km – 1597 m
En pleine nuit, sans doute perturbé par notre mésaventure du champ de tir de Bourg-Lastic lors de notre précédente Centrionale vers Cerbère, je me réveille pris d’un doute car je réalise que notre première étape traverse l’immense champ de tir qui s’étire sur près de 20 km à l’est de Bourges. Je ne serais pas vraiment étonné qu’en cette période troublée les militaires ressentent des démangeaisons du côté de la gâchette.
En consultant mon portable, j’ai la confirmation qu’il faut impérativement modifier le parcours. Tandis que Michel ronfle comme un bienheureux, me voilà pris d’une frénésie de pianotage pour régler le problème. Bientôt rassuré par un tracé de substitution je peux me rendormir. Décidément le portable est un peu devenu l’autre couteau suisse du randonneur.
Notre randonnée débute au lever du jour. Quarante kilomètres plus loin, l’obstacle militaire, objet de mes tourments nocturnes est contourné, nous arrivons à Avord et découvrons un vieux Mirage 3 planté à l’entrée du village, histoire de signifier l’importance de la base aérienne d’Avord.
L’antique avion de chasse réveille les ardeurs combattantes du commandant Mevel qui se verrait bien reprendre du service pour aller donner à Poutine la raclée qu’il mérite. Bien qu’une récente opération de la cataracte le contraint à porter des lunettes d’aviateur façon Linbergh, je finis par convaincre Michel que ce seul équipement ne saurait suffire pour qu’il puisse reprendre le manche. Un peu dépité, il finit par enfourcher sa randonneuse.
À la mi-journée, le cadre bucolique du château de la Verrerie semble tout indiqué pour la pause-repas. Mais comment faire pour manger la salade indienne sans nos petites cuillères oubliées à Saint-Amand ?
Michel satisfait d’avoir trouvé une solution prélève avec délicatesse sa part de pitance en utilisant les verres interchangeables de ses lunettes. Avec satisfaction, mon équipier constate qu’elles permettent même de récupérer le riz dans la barquette avec une certaine aisance. Avec le démonte-pneu qui me sert de couvert j’entends lui démontrer également la polyvalence de l’outil de substitution pour lequel j’ai opté.
Dans cette Champagne berrichonne, le parcours est plus plaisant que je ne l’avais imaginé même si souvent nous devons partager la route avec quelques énormes tracteurs-libellule prêts à déployer leurs ailes pour répandre sur la terre les produits de l’agrochimie.
Lorsque nous arrivons à Bellegarde, terme de notre étape, nous apprenons que la ville vient d’accueillir les coureurs de Paris-Nice ; mais déjà des ouvriers s’activent pour démonter et remballer toutes les installations provisoires.
Trop tard pour nous pour espérer entendre les vivats et les encouragements auxquels même les modestes randonneurs sont sensibles…

Le Blog de Gégé





