Septuagénaire touché par la cataracte, j’ai opté pour une opération qui me permettra de retrouver bientôt une « vue de pilote de chasse ». Je devrais pouvoir ranger définitivement mes lunettes au fond d’un tiroir, ceci grâce à des implants oculaires multifocaux (en simplifiant : une solution équivalente à des lunettes progressives implantées dans l’œil).
Ceux qui m’appelaient PÉDALATOR peuvent désormais adjoindre ALBATOR à ce premier surnom.
Si sur ce blog dédié au vélo je choisis de vous conter cette aventure médicale c’est surtout parce qu’elle met en cause trois cyclistes qui se sont retrouvés au bloc sans pour autant avoir un quelconque méfait à se reprocher.
Dans le bloc opératoire de la clinique du Vinci, le chirurgien Pascal et son assistant Dominique coiffés de charlottes assez peu conventionnelles, constellées de petits vélos, accueillent leur patient cycliste par un tonitruant « Salut Gégé !». Très vite une charmante anesthésiste me shoote pour cette épreuve sur laquelle je ne pourrais pas m’engager sans ce « pot belge ».
Pour la mise en condition du cyclo, les deux compères, par ailleurs compagnons de route dès qu’ils cessent d’être bipèdes, ont installé près de la table d’opération une enceinte bluetooth diffusant une musique de circonstance. MONTAND dit le bonheur de rouler avec Paulette, et le bienheureux BOURVIL aussi talentueux chanteur qu’acteur celui de cheminer… à bicyclette.
En moins de temps qu’il en faut à Tadej POGAČAR pour atteindre le cinquième virage de l’Alpe d’Huez, me voilà opéré. Avant de quitter le bloc, Pascal prend un selfie avec toute l’équipe.
Le lendemain à son cabinet avant qu’il vérifie les premiers résultats de l’intervention, nous nous retrouvons autour du café rituel qui précède toute journée de travail. Dominique en profite pour me confier son GPS qui nécessite quelques réglages. Tandis que je bricole l’outil et que nous picorons jusqu’aux dernières miettes des brioche et viennoiseries apportées ce matin, comme nous sommes aussi bavards l’un que l’autre, nous constatons que notre conversation nous a conduit à l’heure apéritive.
Après en avoir terminé avec son dernier patient, Pascal et son épouse nous retrouvent dans l’annexe du cabinet où pour clôturer cette matinée entre copains, nous éclusons une bouteille de pétillant.
Deux semaines plus tard, la seconde intervention pour l’œil gauche se déroule à peu près dans la même ambiance. Cette fois, les deux compères ont coiffé une charlotte à pois rouge. Ils sont assistés par une jeune fille d’origine tchétchène qui double dans sa langue natale tous le protocole opératoire en partie filmé.
L’accoutrement de ces deux éminents spécialistes et l’allusion de leurs couvre-chefs aux exploits des grimpeurs suggèrent que le cyclo besogneux et malvoyant ainsi remis en condition pourrait bientôt muter en « Aigle de la montagne » (surnom de Federico Bahamontes, fameux grimpeur espagnol des années soixante).
Finalement, se retrouver au bloc n’a rien d’effrayant surtout lorsqu’on est en bonne compagnie…
Merci à toute l’équipe pour ces deux joyeuses interventions.
PS : À la réflexion, il est possible que ce fol espoir d’endosser un jour le maillot à pois résulte des effets secondaires de la sédation, mais Il est n’est pas interdit de rêver.

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